Le moine.
Est admis sans distinction, enfants, les jeunes gens et les adultes, les pauvres et les riches, les nobles et ceux qui sont de basses extractions, les esclaves et les hommes libres, les doctes et les ignorants, les laïques et les clercs.
Celui qui se présentait pour entrer dans le monastère n’était reçu qu’après de grandes épreuves. D’abords on le laissait pendant quatre ou cinq jours frappaient à la porte ; on lui en refusait l’entrée avec mépris, et on ne la lui accordait que lorsqu’il persévérait dans sa demande. Puis on le mettait pour quelque jours dans le logement des hôtes, ensuite dans celui des novices, ou il méditait, prenait son repas et son sommeil. On confiait sa direction a quelques anciens, propres a gagner les Ames, qui examiner avec soins toutes ses actions, pour savoir s’il cherchait Dieu avec sincérité, s’il se portait avec zèle à l’office divin, à l’obéissance et aux autres mortifications humiliantes. L’ancien l’avertissait aussi de toutes les peines qui se rencontrent dans le chemin du ciel. Si, après deux mois, le novice persévérait, on lui lisait la règle par ordre et de suite, en lui disant « voilà la loi sous laquelle vous voulez combattre ; si vous pouvez la garder, entrez ; si vous ne le pouvez, retirez-vous librement. Au bout de six autres mois, on lui lisait encore la règle, et une troisième fois au bout de quatre mois.
Après un an de persévérance, on le recevait, s’il promettait d’observer tout ce que la règle ordonne. Il faisait sa profession dans l’oratoire, en présence de toute la communauté, promettant la stabilité, la conversion de ses mœurs et l’obéissance. Il rédigeait par écrit sa promesse, ou, si il ne savait écrire, quelqu’un, a sa prière, l’écrivait pour lui ; mais il l’a signait de sa main et la mettait sur l’autel. S’il avait quelques biens, il les distribuait aux pauvres avant de faire profession, ou les donnait au monastère par acte solennel, sans se réserver de rien du tout. Alors on le revêtait des habits du monastère, et on gardait les siens pour les lui rendre, s’il arrivait qu’un jour il en sortit. Néanmoins on ne lui rendait pas sa promesse, que l’abbé avait soin de retirer de dessus de l’autel ; elle devait être gardée dans le monastère. Si quelque personne noble offrait son fils à Dieu dans le monastère, et que l’enfant fut en bas âge, le père et la mère faisaient une semblable promesse, qu’ils enveloppaient de la nappe de l’autel, avec leur offrande et la main de l’enfant. Il ne lui était pas permis de lui rien donner, mais seulement au monastère, en forme d’aumône ou de reconnaissance. En ce cas, ils en faisaient une donation authentique, en se réservant, s’ils voulaient, l’usufruit pendant leur vie. A l’égard de ceux qui étaient pauvres, ils faisaient simplement leur promesse par écrit, et présentait leur enfant et leur offrande en présence de témoins.
Pour ôter tout sujet de propriété, l’abbé donnait à chacun toutes les choses nécessaires, c'est-à-dire outre les habits et les chaussures, un mouchoir, une ceinture, un couteau, une aiguille, des tablettes et un poinçon pour écrire. La garniture des lits consistait en une paillasse, une couverture de laine et un chevet. Chacun avait son lit, mais les moines couchaient tous en un même lieu, au moins dix ou vingt ensembles, si la communauté était nombreuse. Une lampe brûlait toute la nuit dans le dortoir, et il y avait toujours quelques anciens pour observer la conduite des autres. Ils dormaient tous vêtus, même avec leur ceinture, afin d’être toujours prêt à se lever pour l’office. Il y avait une chambre particuliere pour les malades, et un religieux craignant Dieu, diligent et soigneux, pour les servir. On leur permettait l’usage de la viande et des bains toutes les fois qu’ils étaient à propos ; mais on n’acoordait que rarement le bain à ceux qui était en santé, principalement aux jeunes. Lorsqu’arrivait un hôte, le prieur ou le religieux venait le recevoir avec toutes sortes de charité t de respect. On le menait ensuite à l’oratoire, puis on lui donnait le baiser de paix. L’abbé donnait à laver les mains de l’hôte, et, tant lui que toute la communauté lui lavé les pieds après quoi l’abbé mangeait avec lui. L’abbé avait sa cuisine et sa table à part, pour être en état de recevoir à toute heure, sans déranger la communauté. Personne ne choisissait son travail, il était imposé par le supérieur ; et ceux qui savait des métiers ne pouvait les exercer qu’avec la permission de l’abbé et en tout humilité. Si l’abbé voulait faire ordonner un prêtre ou un diacre, il choisissait, d’entre les siens, celui qu’il en croyait digne. Mais le nouveau prêtre n’en était pas moins soumis à la discipline régulière et aux supérieurs. Que s’il était rebelle, il pouvait être châtié et même chassé du monastère, toute fois avec la participation de l’évêque. Il était défendu à tous les religieux de recevoir, sans l’ordre de l’abbé, ni lettres, ni présents de personne, pas même de leur parents, ainsi que de sortir sans sa permission de l’enclos du monastère. Les moines qu’il envoyer dehors se recommandait en ses prières et a celles de tous les frères. Lorsqu’ils étaient de retour, ils demeuraient prosternés en l’oratoire sur la fin de chaque heure de l’office, demandant à tous les frères leurs prières, pour obtenir de Dieu le pardon des fautes qu’ils pouvaient avoir faites durant le voyage. Il leur était étroitement défendu de rien dire de ce qu’ils avaient vu ou entendu au dehors. Pour ôter aux moines un prétexte de sortir du monastère, il devait être bâti de telles sortes, qu’on eût au-dedans, s’il était possible, toutes les choses nécessaires, l’eau, le jardin, le moulin, la boulangerie et des endroits commodes pour les métiers différents. La porte était gardée par quelque sage vieillard qui sût parler et répondre à propos. Il n’était pas permis à un religieux d’en défendre un autre ou de le prendre sous sa protection, fut-il son proche parent, ni de frapper ou d’excommunier quelqu’un de sa propre autorité. Cela regardait l’abbé ou celui auquel il en avait donné le pouvoir. Mais tous avait soin de veiller sur la conduite des enfants, et de les tenir sous une bonne discipline jusqu’à l’âge de quinze ans. Au de la de cet âge, personne ne pouvait les châtier sans le commandement de l’abbé. S’il se trouvait quelque moine désobéissant ou violateur de la règle, les anciens l’avertissait en secret une ou deux fois. S’il ne se corrigeait pas, on le reprenait publiquement devant tous. Si après tout cela il demeurait incorrigible, on l’excommuniait. Celui qui, pour quelques fautes légères, était privé de la table commune, il ne prenait son repas qu’après les religieux, à l’heure et en la quantité que l’abbé ordonnait. Mais celui qui était tombe en de grandes fautes devait être privé tant de la table commune que de l’office du chœur. Personne ne lui parlait, et il était déparé de tous, même dans le travail. Celui qui était excommunié de l’oratoire et de la table commune pour quelques grandes fautes satisfaisait en cette manière : prosterné en terre devant la porte de l’oratoire durant la célébration du service divin, il gardait un profond silence ; mais, se tenant la tête contre terre et le corps étendu, il se jetait aux pieds de tous ceux qui en sortaient ; ce qu’il continuait jusqu'à ce que l’abbé jugeât qu’il avait satisfait.
L’abbé qui devait gouverner le monastère était choisi par toute la communauté. Que si la communauté choisissait une personne qui en dissimulât les vices, l’évêque diocésain, les autres abbés, ou même les chrétiens du voisinage, devait empêcher ce désordre et procurer un digne pasteur. L’abbé choisit, il devait être instruit de la loi de Dieu, charitable, prudent, discret ; montrer en tout l’exemple, et n’être que l’exécuteur de la règle pour la faire garder fidèlement. Au-dessous de l’abbé, il y avait un prieur ou un prévôt et plusieurs doyens. Le prieur était ordonné par l’évêque ou par l’abbé ce qui lui donner sujet de se regarder comme second abbé. Ensuite les doyens étaient établis pour veiller sur dix moines, au travail et à leurs autres exercices, et soulager l’abbé qui ne pouvait être partout. On les choisissait pour le mérite.
Ensuite vint le cellérier, l’infirmier, l’hôtelier, le portier. Le cellérier avait la garde de toutes les provisions et de tous les ustensiles, et distribuer à chacun, suivant l’ordre de l’abbé, ce qui lui était nécessaire pour les besoins de la vie ou pour le travail.